Chronique d'exploration
À cheval sur Pontault-Combault et Roissy-en-Brie, au bord de la RD21 et tout près du complexe sportif du Nautil, l’étang du Coq (20 hectares) est un remarquable exemple de reconquête écologique en milieu périurbain. Conçu avant 1980 comme un bassin artificiel d'écrêtement pour réguler les eaux du Morbras et protéger Pontault-Combault des inondations (achevé en 1986 sur l'ancienne « Mare du Coq »), ce site géré par le SMAM est devenu en quarante ans un sanctuaire ornithologique de premier plan en Île-de-France. Alimenté par le Morbras, la Longuiolle et le ru de la Patrouille, il abrite aujourd'hui 209 espèces d'oiseaux recensées par la LPO (dont 55 espèces ayant niché sur le site), tout en offrant aux promeneurs, pêcheurs et sportifs un écrin de nature gratuit et ouvert toute l'année.
### L'étang du Coq, un petit miracle écologique entre Pontault-Combault et Roissy-en-Brie
> Entre ouvrage hydraulique, espace de promenade et halte migratoire, l’étang du Coq concentre sur quelques hectares presque tous les enjeux de la nature en ville. Sa richesse tient à un équilibre fragile : accueillir les habitants sans compromettre les oiseaux, protéger Pontault-Combault des crues sans réduire le site à une simple infrastructure technique.
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#### Un étang artificiel devenu vivant
À cheval sur **Pontault-Combault** et **Roissy-en-Brie**, au bord de la RD21 et tout près du complexe sportif du **Nautil**, l’étang du Coq paraît aujourd’hui faire naturellement partie du paysage. Il s’agit pourtant d’un **ouvrage artificiel**, imaginé avant 1980 pour réguler les eaux du **Morbras** et protéger Pontault-Combault des inondations, tout en créant un espace de loisirs entre les deux villes.
Son nom est bien plus ancien que le plan d’eau : il reprend celui de la **« Mare du Coq »**, lieu-dit déjà visible sur les cartes d’état-major de **1818-1824**. Le Syndicat intercommunal pour l’aménagement du Morbras, ancêtre du **SMAM**, engage les travaux au début des années 1980 ; l’aménagement est achevé en **1986**.
Né quelques kilomètres en amont sur le plateau forestier de **[Pontcarré (TRS271)](/recit/TRS271)** au cœur du massif classé ZNIEFF de Ferrières, le **Morbras** chemine à travers les argiles briardes avant de trouver ici son premier grand bassin d'expansion et de régulation hydraulique. Alimenté par le **Morbras**, la **Longuiolle** et le **ru de la Patrouille**, le bassin s’inscrit ainsi dans une géographie vivante de rus, de zones humides et de boisements dont il est devenu l’un des points les plus visibles.
La création de l’étang répondait à une transformation profonde du territoire. L’urbanisation et l’imperméabilisation des sols en amont accéléraient le ruissellement et renforçaient les variations de débit du Morbras ; les études d’origine envisageaient déjà une forte augmentation des pointes de crue en l’absence d’un ouvrage de régulation. Le plan d’eau est donc d’abord un **équipement de sécurité**, même si son apparence paysagère soignée fait parfois oublier sa fonction première.
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#### Un rempart contre les crues
Techniquement, l’étang du Coq est un **bassin d’écrêtement** : pendant les fortes pluies, il retient temporairement une partie des eaux du Morbras puis les restitue de façon régulée vers l’aval. Un barrage régulateur est situé sous la route, entre l’étang et le Nautil. En **2018**, lors d’une crue importante, le site a stocké environ **150 000 mètres cubes d’eau** et son niveau s’est élevé de plus de **1,5 mètre**, illustration très concrète du volume qui n’a pas déferlé immédiatement dans les quartiers situés en aval.
Cette fonction reste essentielle, car le risque d'inondation n’a pas disparu. Les documents d’urbanisme de Pontault-Combault considèrent toujours que l’étang régule le risque le long du Morbras, tandis que les sols peu perméables et les surfaces urbanisées continuent de provoquer de fortes variations de débit. L’étang ne supprime donc pas l’inondation : il en atténue la pointe et offre du temps au système hydraulique.
Cette vocation impose toutefois des contraintes à l’écosystème. Une hausse rapide du niveau d’eau au printemps peut noyer des nids de Grèbes huppés ; inversement, l’envasement, les déchets transportés par les crues et les pollutions venues de l’amont altèrent progressivement la capacité et la qualité du milieu. Après la défaillance de l’ancien dispositif de dégrillage, notamment à la suite d’une crue en 2005, le SMAM a installé un **barrage flottant** en amont pour retenir les objets et débris charriés par le cours d’eau.
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#### Le rôle du SMAM : concilier hydraulique, biodiversité et accueil
Le **Syndicat mixte pour l’aménagement du Morbras (SMAM)** est propriétaire de l’étang et en assure l’entretien ainsi que l’aménagement. Créée en **1977** sous la forme du SIAM pour répondre aux problèmes du Morbras, la structure a pris son nom actuel après le transfert de sa compétence d’assainissement en 2010. Son travail associe prévention des inondations, entretien des berges, collecte des déchets, lutte contre les pollutions et restauration des milieux aquatiques.
Autour de l’étang, cette gestion comprend notamment :
- La fauche tardive et différenciée des prairies pour préserver les insectes et graines.
- L’entretien minutieux des zones humides et la plantation d'arbres et d'arbustes indigènes.
- La création de mares et d’observatoires pédagogiques.
- Des aménagements spécifiquement destinés aux oiseaux : des **radeaux artificiels** ont été installés pour la nidification des **Sternes pierregarins** ; l’ajout de **rampes d’accès en 2016** a significativement réduit la noyade des jeunes poussins.
- La **réouverture de la Longuiolle** et la création de cheminements accessibles.
Le projet paysager retenu en **2019** cherche explicitement à améliorer l’accessibilité et l’accueil du public tout en préservant et en renforçant la biodiversité. Il prévoit une fréquentation canalisée, des zones plus tranquilles, des supports pédagogiques, des belvédères ou pontons et une gestion différenciée selon la sensibilité des espaces. De nouveaux **sentiers en copeaux de bois** ont notamment rendu possible le tour complet de l’étang en toute saison, tout en facilitant le travail d’entretien.
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#### Deux cents espèces d’oiseaux
Le véritable changement de regard sur l’étang vient de l’ornithologie. La synthèse publiée par le groupe local **« Vallée de la Marne » de la LPO Île-de-France** et coordonnée par **Vincent Le Calvez** rassemble les observations effectuées par des dizaines de naturalistes depuis 2012, avec l’ajout de données remarquables plus anciennes. Au **7 avril 2025**, elle recensait **209 espèces**, dont **55 ayant niché sur le site** entre 2012 et 2024.
Ce nombre exceptionnel ne signifie pas que 209 espèces vivent en permanence autour du plan d’eau. Certaines y nichent, d’autres y passent l’hiver, se nourrissent quelques heures ou ne sont observées qu’une seule fois en migration. C’est précisément cette diversité de statuts qui fait la valeur du lieu : l’étang fonctionne à la fois comme **habitat, garde-manger, refuge et aire de repos**.
La richesse ne repose donc pas sur la seule surface en eau, mais sur une **mosaïque de milieux rapprochés** :
- **Les roselières** accueillent ou ont accueilli le **Blongios nain**, le **Râle d’eau**, la **Rousserolle effarvatte**, la **Bouscarle de Cetti** et le **Bruant des roseaux**.
- **Les radeaux** servent aux **Sternes pierregarins**, aux **Mouettes rieuses** et aux **Foulques macroules**.
- **Les boisements** abritent pics (Pic vert, Pic épeiche), sittelles, grimpereaux et mésanges.
- **Les haies, friches et buissons** offrent un territoire au **Rossignol philomèle**, aux fauvettes (Fauvette grisette, Fauvette des jardins, Fauvette à tête noire), à la **Linotte mélodieuse** ou à l’**Hypolaïs polyglotte**.
Parmi les espèces les plus emblématiques figure la **Sterne pierregarin**. L’étang a accueilli l’une des colonies importantes du nord de la Seine-et-Marne, comptant historiquement une douzaine de couples sur trois radeaux ; entre 2017 et 2019, **15 à 20 jeunes ont été élevés chaque année**. La reproduction a ensuite connu des revers liés au dérangement, à la concurrence des Mouettes rieuses, à la grippe aviaire et aux conditions de gestion ; en 2024, deux couples ont néanmoins élevé quatre poussins.
Le **Blongios nain** résume encore mieux la fragilité du miracle. Ce petit héron des roselières, considéré comme **en danger**, s’est reproduit avec certitude en 2017, 2018 et 2019, mais plus entre 2020 et 2024, malgré la présence estivale de plusieurs individus certaines années. Préserver une roselière ne consiste donc pas seulement à conserver quelques roseaux : il faut aussi maintenir une végétation suffisamment dense, éviter le dérangement et intervenir au bon moment.
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#### Une halte migratoire majeure sur la trame bleue
L’étang du Coq appartient à un ensemble de continuités écologiques reliant les **étangs de Croissy et de Beaubourg**, le **lac de Vaires-sur-Marne** et le **parc de la Haute-Île**. Cette **« trame bleue »** ponctuée de plans d’eau et de zones humides offre des relais au Butor étoilé, au Blongios nain et à de nombreux oiseaux en déplacement. Dans un territoire très urbanisé, une petite surface peut ainsi jouer un rôle dépassant largement ses limites cadastrales.
Les observations réunies par Vincent Le Calvez rendent ce corridor presque visible :
- **Cigognes blanches** : baguées aux Pays-Bas, en Allemagne ou au Danemark, elles passent au-dessus du site ; un groupe exceptionnel de **265 Cigognes blanches** a été compté en migration le **1er septembre 2024**.
- **Balbuzard pêcheur** : un individu né dans le nord-est de l’Allemagne, surnommé **« Berlin »**, a utilisé l’étang pour stationner et s’alimenter en **2019, 2021 et 2022**.
- **Visiteurs rares et imprévisibles** : Cigogne noire, Héron pourpré, Aigle botté, Sterne caspienne, Bécasseau sanderling, Avocette élégante, Guifettes noire et leucoptère ou encore Tournepierre à collier ont été observés sur le site.
La LPO y organise d’ailleurs des sorties régulières conduites par Vincent Le Calvez, consacrées aux nicheurs ou au passage des fauvettes, pouillots et gobemouches. Ces rendez-vous donnent au suivi scientifique une dimension populaire : apprendre à reconnaître un chant ou une silhouette devient une manière de comprendre pourquoi le lieu doit rester habitable.
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#### Le loisir face au vivant : entre Le Nautil et la tranquillité des berges
L’étang est aussi un espace du quotidien. Il est fréquenté gratuitement toute l’année par les promeneurs, les pêcheurs et les sportifs, à proximité immédiate du Nautil. Des cross, triathlons, sorties nature et manifestations communales y ont été accueillis au fil des années, confirmant sa fonction de petit îlot de détente entre deux villes.
Cette fréquentation constitue une force : **un espace naturel connu et aimé est plus difficile à sacrifier**. Mais elle produit aussi du bruit, du piétinement, des déchets, des chiens non maîtrisés et parfois des intrusions directes sur l’eau. La qualité sanitaire peut elle-même limiter les usages : en **2022** et **2026**, une prolifération de **cyanobactéries toxiques** a conduit à l’interdiction temporaire de la pêche et de la consommation des poissons, avec un appel à éloigner les animaux de l’eau.
La question des festivités concentre cette contradiction. Pendant plusieurs années, les villes de Pontault-Combault et de Roissy-en-Brie ont organisé ensemble le feu d’artifice du 13 juillet sur les terrains du SMAM ; certaines éditions ont attiré plusieurs milliers de personnes, dont plus de 8 000 lors d’un spectacle musical. Les conventions d’occupation prévoyaient une sensibilisation du public et la préservation de l’écosystème, signe que le conflit entre célébration et biodiversité était déjà identifié.
Les ornithologues demandent l’abandon des tirs de juillet, qui coïncident avec la période sensible de nidification des sternes et d’autres oiseaux, et signalent aussi la panique provoquée par les drones lorsqu’ils survolent ou se posent sur les radeaux. En 2025, le programme municipal annonçait encore un feu d’artifice à l’étang ; **en 2026, la ville l’a remplacé par un spectacle de 400 drones**. Cette évolution réduit certains risques associés à la pyrotechnie (bruit assourdissant, retombées chimiques), mais ne résout pas automatiquement celui du dérangement aérien : tout dépend de la trajectoire, de la hauteur, de la durée et de la distance maintenue avec les colonies d'oiseaux.
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#### Un équilibre à inventer
L’étang du Coq est un petit miracle écologique précisément parce qu’il **n’avait pas été créé comme une réserve naturelle**. Un bassin destiné à contenir les crues s’est couvert de roselières, les radeaux techniques sont devenus des nurseries, les friches ont accueilli des passereaux et le ciel au-dessus de la Francilienne s’est révélé être une route migratoire.
Mais ce miracle n’est ni spontané ni définitivement acquis. Il dépend du fonctionnement hydraulique, de la qualité des eaux venues de l’amont, de la conservation des roselières, friches, haies et boisements, du maintien de zones de tranquillité et d’un calendrier de travaux réellement compatible avec la reproduction. Il suppose également une concertation régulière entre le SMAM, les communes, la LPO, les observateurs de terrain et les usagers.
Le défi n’est donc pas de choisir entre les habitants et les oiseaux, entre la lutte contre les inondations et l’écologie, ou entre le Nautil et les roseaux. Il consiste à reconnaître qu’ici **les fonctions sont imbriquées** : l’eau retenue protège la ville, les milieux humides accueillent le vivant, les oiseaux donnent au lieu sa valeur, et la promenade permet aux riverains de se l’approprier. À cette condition, l’étang du Coq peut rester ce qu’il est devenu en quarante ans : une infrastructure publique discrète, un paysage partagé et une escale minuscule mais précieuse sur les grandes routes du vivant.
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#### Références & Sources bibliographiques
1. Rapport version 2 (18 Mars 2016) — *Territoire du SAGE et ses paysages, usages de l'eau, état des écosystèmes et gouvernance Marne Confluence*.
2. Association PONTAULT-COMBAULT Patrimoine — *Le saviez-vous ? La Mare du Coq* (N°09, Janvier 2023, page 1).
3. Syndicat Mixte pour l'Aménagement du Morbras (SMAM) — *Historique, missions et protection de l'eau*.
4. Documents d'urbanisme de Pontault-Combault — *Gestion de l'eau, du risque d'inondation et Orientations d'aménagement et de programmation (OAP)*.
5. LPO Île-de-France (Groupe local Vallée de la Marne) — *Les oiseaux de l'étang du Coq – Synthèse 2012-2020 (version 4.1)* et *Les oiseaux de l'étang du Coq – 2012-2025* (coordonné par Vincent Le Calvez).
6. Atelier de paysage ARTEMISE — *Plan de réaménagement paysager de l'Étang du Coq* (2019).
7. Mairie de Pontault-Combault & Mairie de Roissy-en-Brie — *Magazines municipaux, délibérations des conseils municipaux et programmation de la Fête Nationale 13 juillet (Feux d'artifice et spectacle de 400 drones 2026)*.
8. Étude des continuités écologiques et trames bleues interdépartementales (Seine-et-Marne, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne).
9. Fédération de Seine-et-Marne pour la Pêche — *Bulletins sanitaires et suivis des cyanobactéries*.
10. Communauté d'agglomération Paris - Vallée de la Marne — *Fiche Espace Naturel Sensible de l'Étang du Coq (20 hectares)*.